CULTURE - le 9 Septembre 1999 Il faut cinq sens et plus pour faire un poème. Qui a vécu, enfant, quelques heures à la campagne se souvient sûrement des fruits de l'érable aux ailes membraneuses qu'on lançait en l'air pour les voir redescendre tournoyant comme les pales d'un hélicoptère. La poésie naît de ces détournements, comme le rappelle, colle et porte-plume à la main, Annie Krim-Déjean (1), pour qui ces hélices deviennent des corps de sauterelles, des ailes de canards ou d'amour. Allez savoir ! N'est-ce pas l'immédiateté, le premier regard, la première écoute, qui la font mépriser par nombre de contemporains ? Certains haussent les épaules. Tant pis pour eux. Laissons les victimes de leurs journées trop ordinaires et suivons Jean-Marie Barnaud (2) pour (re)découvrir la poésie simple des " choses menues dont on ne parle guère ". René Char, Armand Robin, Eugène Guillevic, Claude Roy et les autres n'ont pas agi ...
El le était inquiète, la nuit com mençait à tomber, et elle avait froid, les voitures ne ralentissaient même pas. Tout en levant le pouce, elle guettait du côté du péage, il ne faudrait pas que les gendarmes viennent lui demander des comptes… Pourtant, son départ de la maison avait été très facile, sa mère partie à un rendez- vous à l’école pour un de ses frères, et son père, ce vieux salaud, écroulé dans le canapé, abruti par l’alcool à trois heures déjà…Il ne s’était même pas aperçu qu’elle partait avec un gros sac, de toute façon maintenant, il suffisait qu’elle le toise, le regard bien méchant planté dans le sien pour qu’il abdique, huit ans ça lui avait demandé pour y arriver. Une voiture se rangea presque silencieusement devant elle, la vitre se baissa, et le conducteur se pencha au-dessus du siège passager : « Vous montez ? » Elle jeta un coup d’œil sur le conducteur, brun, la trentaine, l’air sérieux, et se sent...
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